L’implication dans l’effort de guerre allemand, dans
les camps de concentration, est un déchirement pour les
détenus.
Le fait de se sentir plus ou moins utile, apporte
une relative amélioration des conditions de vie dans
les camps, mais en contrepartie, les déportés se rendent complices en accomplissant les tâches qu’on leur impose. C’est pourquoi, ceux qui le
peuvent, tentent de perturber les activités de
production.
Chaque
détenu, à son poste de travail, essaie d’en faire le moins possible. D’une
part, c’est un moyen de ménager ses forces et de prolonger sa vie. D’autre
part, c’est aller à l’encontre des directives données. Dès que les SS ou Kapos
ont le dos tourné, les détenus travaillent avec beaucoup moins d’entrain, voire
cessent toute activité. Les occasions ne manquent pas, car l’encadrement montre
peu de motivation, surtout dans les derniers mois de la guerre.
La
résistance passive est tout de même plus efficace quand elle est
collective : certains peuvent se reposer pendant que d’autres font le
guet.
Mais la vigilance est indispensable, car les surveillants peuvent vérifier les quantités de terre déplacée ou le nombre de pièces produites et sanctionner les anomalies.
Se faire porter malade est également une possibilité, mais entrer au Revier (baraquement destiné aux malades des camps de concentration) présente des risques que beaucoup de détenus n’osent pas prendre.
Mais la vigilance est indispensable, car les surveillants peuvent vérifier les quantités de terre déplacée ou le nombre de pièces produites et sanctionner les anomalies.
Se faire porter malade est également une possibilité, mais entrer au Revier (baraquement destiné aux malades des camps de concentration) présente des risques que beaucoup de détenus n’osent pas prendre.
Certains
déportés ne se contentent pas d’éviter le travail, mais veulent porter
réellement atteinte à la production, qui n’est pas une tâche évidente car les
contrôles sont nombreux. Cependant, les SS comme les Kapos n’ont pas forcément
les compétences pour estimer si un travail a été bien fait ou non, ce qui
permet aux déportés d’essayer, au maximum, de mal faire ce qui a été demandé.
Outre son
intérêt pour perturber l’effort de guerre allemand, l’acte de saboter est
important en ce qu’il permet de matérialiser la volonté de continuer la lutte.
Réduits à l’obéissance et à l’humiliation permanente, les déportés retrouvent
une part de liberté et de fierté dans le fait de nuire à leurs oppresseurs.
Dans ce témoignage monsieur Torner nous parle du sabotage dans les camps de concentration .
Il explique ce qu'était le travail dans les camps, la main d'oeuvre que représentaient les déportés pour les grands groupes industriels allemands.
Ce
témoignage nous en apprend beaucoup sur la manière dont il a
résisté dans les camps de concentration, à Langenstein, l'un des
kommandos de Buchenwald.
Il
ne fabriquait pas de matériel, mais il était affecté aux travaux
de terrassement. Il essayait d'en faire le moins possible, de se
préserver mais surtout de ralentir le rythme imposé par les SS.
Il
transportait des sacs de ciment, et les déportés n'avaient plus la
force de les soulever.
Lorsqu'il
fallait pousser les wagonnets, près des carrières, ils attendaient,
ne poussaient pas.
Il
raconte comment certains qui travaillaient dans les usines sabotaient
le matériel.
Vidéo tournée chez Monsieur Emile Torner
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Témoignage de Geneviève MATHIEU, résistante du réseau Brutus, arrêtée en août 1944 et déportée au camp de Ravensbrück.
C'est un témoignage incroyable, celui d'une femme au fort caractère, qui n'a cessé de lutter :
J’étais aux wagonnets, on transportait du charbon. On faisait du sabotage : on faisait dérailler nos wagonnets, il fallait remettre les wagons sur les rails et on devait ramasser le charbon.
Photo apportée par Geneviève Mathieu
On ne voulait pas travailler pour les Allemands, et du coup ça leur faisait perdre du temps.
Je ne suis pas restée longtemps à Ravensbrück.
Après, Torgau le 4 sept 44, matricule 31880 et j’ai aussi récupérer les numéros des déportés morts.
Je dépendais de Buchenwald.
J’ai été’ mécanicienne, je fabriquais des petites pièces pour les V2. On pointait le matin, alors que les Allemands venaient nous chercher et donc connaissaient nos horaires.
Ma machine, j’ai appris à m’en servir, je la connaissais. Le 11 novembre, bizarrement, elle s’est arrêtée (!!!) Je me suis mise au garde à vous. Puis j’ai remis la machine en route. J’avais fait mon devoir de mémoire.
A Torgau, j’ai apporté une pièce que j’avais réalisée en modèle, et le kapo, qui avait travaillé à Citroën, m’a demandé comment il était possible qu’une si jeune fille soit sur la chaîne de travail. J’ai répondu du tac au tac : « Parce que vous m’y avez emmenée ! «.
Il a fallu que je lui dise que j’étais résistante, mais il n’a pas compris le mot, alors j’ai dit que j’étais terroriste.
Immédiatement, il a considéré ma pièce parfaite, que je dégage vite fait, on ne sait jamais !
On était mélangées avec des camarades du STO. L’un de nous, on lui refusait toujours sa pièce, il me l’a donné et le type de la gestapo l’a validée.
Il m’a permis d’envoyer une lettre, car lui n’était pas déporté.
Les STO ont toujours été charmants avec moi, m’ont aidé.
J’étais considérée comme une bonne ouvrière, alors que les pièces que je faisais étaient truquées.
On m’a confié la dernière pièce indispensable. Je voulais donc détruire la machine. J’ai laissé tomber la pièce dans l’emporte pièce, et j’ai feins un évanouissement. Les allemands m’ont ramassée, et m’ont traînée devant le chef de l’usine qui m’a défendue, il a dit qu’on tombait car ont étaient épuisées. J’ai eu 48 heures sans travailler, enfin du repos ! Le chef de l’usine avait besoin d’une main d’œuvre rentable, pas inefficace !
C’étaient en octobre, il n’y avait pas de chauffage, on a couché dans des sacs en papier, on n’avait pas de couverture.
Le brave STO a parlé à mon cousin pour m’évader.
Transfert au kommando de Pteroda
J’étais scieur de long, au bout d’une grande scie. On nous a loué pour arracher les pommes de terre derrière les machines, c’était très dur.
On ne mangeait rien donc on a protesté, et nos sentinelles qui nous surveillaient nous ont demandé le silence.
Alors on a chanté.
On a promis de ne pas s’évader, et il nous a laissé tranquille. On a donc ramassé des pommes de terre. Les Allemands qui nous gardaient n’avaient pas plus à manger que nous. Certains plus de chemises. C’était la débâcle.
12 février : Kommando Markléberg
On était 125. Il faisait -20°C.
On nous a entièrement déshabillées, j’étais avec des hongroises et des roumaines. Nous étions debout toute la journée, toutes nues.
Il y avait une baraque d’où sortait de la fumée. 5 sont rentrées dans la baraque, puis d’autres. Ca sentait mauvais. Au bout d’une heure, les 5 rentrées sont ressorties, les cheveux rasés. On pensait que c’était une chambre à gaz, or c’était juste pour nous raser.
Je riais, car je me suis peignée, et j’ai cassé les dents du peigne tellement mes cheveux étaient sales. J’étais tranquille avec mes cheveux rasés désormais, c’était rien.
J’avais le carnet qu’un STO m’avait confié. Om me l’a laissé. J’ai cueilli des fleurs sous un mirador, et j’ai fait signer des camarades sur ce carnet.
J’ai pu le ramener grâce à l’aide des Allemands.
Un jour, bombardement.
On était assises par terre, l’usine était fermée, on a pu faire du feu. J’ai voulu mettre mes chaussures dedans pensant qu’il y avait du goudron.
Pour tenir, j’avais un morceau de papier sur lequel j’écrivais des recettes de cuisine pour tenir. Elles sont au musée de la résistance à Bordeaux.
On étaient bien habillées, une combinaison, presque neuve, avec la croix des vaches dans le dos, et le triangle rouge.
Pour les toilettes, il fallait se déshabiller complètement, ce n’était pas très pratique, car on crevait de froid.
J’ai creusé le fossé autour d’une baraque, creusé une route en s’arrangeant pour la saboter, et le premier camion qui est passé a tout détruit.
On a été libérées le 8 mai 1945.
Voici une photo prise à Pilsen par les Américains en Juin 1945, sur laquelle je me trouve avec mes camarades :
Madame Mathieu a été décorée de la Légion d'Honneur pour ses actes de résistante :
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L'exemple de Dora (le camp souterrain où l'on
fabriquait les armes secrètes d'Hitler , les fusées V1 et V2) est, à cet égard, particulièrement démonstratif .
Entrée camouflée du camp de Dora (photo USMM)
Les autorités militaires alliées ont pu établir avec
certitude que beaucoup d'engins furent sabotés et qu'en tout état
de cause , leur production fut ralentie au point de mettre en échec
les plans nazis de contre-attaque sur l'Angleterre en 1944-1945.
Une fusée V2 (source Deutsch Museum Munchen)
Sur 9300 engins lancés un quart seulement atteignirent
leur but , les autres retombèrent après leur départ ou se
perdirent avant d'arriver par suite de < défauts techniques >.
Cette activités de sabotage étaient dirigées par un état major
clandestin et coûta des pertes énormes aux déportés.
A Sachsenhausen, devant l'ampleur de la lutte menée par
les résistants de toutes nationalités, la direction du camp
avait fait appel à un kommando spécial de la Gestapo.
Travail de terrassement dans le camp de Sachsenhausen
Le 27 Mars 1944, un résistant allemand qui écoutait
les informations sur un poste fabriqué clandestinement est arrêté
.
On découvre en même temps des tracts incitant au
sabotage les ouvriers de l'usine Heinkel .
Une commission spéciale des services de sécurités du
Reich est immédiatement dépêchée sur place. Des fouilles sont
organisées et, le 22 août, à la suite d'une rafle, 80 Allemands ,
Polonais , Français et Soviétiques sont conduits à la prison du
camp où se trouvent déjà 85 détenus .
Ils seront tous questionnés, battus , torturés
pendant des semaines sans que les S.S. ne puissent parvenir à la
tête de l'organisation internationale de Résistance. Finalement,
27 Allemands et 3 Français seront exécutés.